Dans le cadre de son programme d'approfondissement de l'intégration économique, l'Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) a adopté en 2025 un ensemble de directives fiscales révisées visant à harmoniser les régimes d'imposition des États membres. Ces textes s'inscrivent dans la continuité de la Directive n°02/2010/CM/UEMOA relative à la TVA et de la Directive n°08/2008/CM/UEMOA sur l'harmonisation des impôts directs, tout en introduisant des dispositions inédites en matière de fiscalité numérique, de prix de transfert et de lutte contre l'érosion de la base taxable. **Principales innovations des directives 2025** Premièrement, les directives 2025 imposent l'adoption d'un mécanisme standardisé de documentation des prix de transfert, aligné sur les recommandations OCDE (Actions 8-10 et 13 du plan BEPS), applicable aux entreprises réalisant un chiffre d'affaires consolidé supérieur à 5 milliards de FCFA. Au Bénin, cette obligation viendra compléter les dispositions existantes des articles 218 à 224 du Code Général des Impôts (CGI) relatifs aux transactions entre entreprises liées. Deuxièmement, le taux plancher d'Impôt sur les Sociétés (IS) est fixé à 25 % pour l'ensemble des États membres, avec suppression progressive des régimes dérogatoires non conformes aux standards internationaux. Cette mesure impose une revue des conventions d'établissement et des agréments aux codes des investissements en vigueur au Bénin, notamment ceux accordés sous l'égide de la Loi n°2020-21 portant Code des Investissements. Troisièmement, la directive sur la TVA introduit une obligation d'assujettissement pour les prestataires de services numériques non-résidents dès lors que leurs opérations dépassent un seuil de 50 millions de FCFA de chiffre d'affaires annuel réalisé sur le territoire national, conformément aux standards CEDEAO en matière d'économie numérique. **Implications pratiques pour les cabinets** Les cabinets d'audit et d'expertise comptable exercant au Bénin doivent impérativement intégrer ces évolutions dans leurs missions de commissariat aux comptes et de conseil fiscal. En premier lieu, les dossiers de travail relatifs aux groupes multinationaux devront être enrichis d'une analyse de conformité aux nouvelles règles de prix de transfert, avec référence explicite aux normes IFRS 3 et IAS 36 pour les évaluations d'actifs incorporels. En deuxième lieu, les états financiers établis selon le référentiel SYSCOHADA révisé devront refléter les impacts d'impôts différés générés par les ajustements de taux IS, conformément aux dispositions de l'Acte Uniforme OHADA relatif au droit comptable et à l'information financière (AUDCIF, révisé en 2017). Enfin, les cabinets sont invités à sensibiliser leurs clients sur les délais de transposition : le Bénin, comme les autres États membres, dispose jusqu'au 31 décembre 2026 pour adapter son CGI et ses textes d'application, sous peine de procédures d'infraction initiées par la Commission de l'UEMOA. Une veille régulière auprès de la Direction Générale des Impôts et des Domaines (DGID) du Bénin s'avère indispensable pour anticiper les circulaires d'application.