Dans le cadre de la dynamisation du marché financier régional de l'UEMOA, la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) et le Conseil Régional de l'Épargne Publique et des Marchés Financiers (CREPMF) ont engagé une réforme structurelle de la réglementation applicable aux émissions obligataires, dont les dispositions entrent pleinement en vigueur au 1er juin 2026. Cette réforme s'inscrit dans la continuité du Règlement Général du CREPMF révisé et de la Directive n°06/2021/CM/UEMOA relative à l'harmonisation des marchés financiers de la zone. **Contexte réglementaire et fondements juridiques** La réforme s'appuie sur plusieurs textes fondateurs : le Règlement n°09/CM/UEMOA portant cadre de référence des marchés financiers, la Directive UEMOA sur la gouvernance des émetteurs publics et privés, ainsi que les dispositions de l'Acte Uniforme OHADA relatif au droit des sociétés commerciales (AUDSC révisé en 2014), notamment ses articles 822 à 853 encadrant les émissions d'obligations. Au niveau national, les cabinets opérant au Bénin doivent articuler ces obligations avec les dispositions du Code Général des Impôts béninois (CGI), particulièrement les articles relatifs à la retenue à la source sur les revenus de valeurs mobilières (article 90 et suivants du CGI Bénin), ainsi que la loi n°2020-36 portant réglementation bancaire et financière au Bénin. **Principales innovations de la réforme** Premièrement, tout prospectus d'émission obligataire doit désormais intégrer des états financiers certifiés selon les normes IFRS pour les émetteurs dont le chiffre d'affaires dépasse 5 milliards FCFA, abandonnant progressivement le référentiel SYSCOHADA pour les besoins du marché financier régional. Deuxièmement, le CREPMF impose la désignation d'un auditeur indépendant accrédité pour le suivi semestriel de l'utilisation des fonds levés, avec rapport de vérification transmis à l'autorité de marché sous 45 jours suivant la clôture de chaque semestre. Troisièmement, les notes d'information doivent comporter une attestation explicite de l'auditeur sur la cohérence des projections financières avec les hypothèses macroéconomiques de la BCEAO. **Implications pratiques pour les cabinets d'audit et d'expertise comptable** Les cabinets intervenant sur des mandats liés à des émetteurs BRVM doivent impérativement : (1) mettre à jour leurs méthodologies d'audit pour intégrer les exigences IFRS 9 (instruments financiers) et IFRS 15 (reconnaissance des revenus) dans leurs rapports de certification destinés au marché ; (2) former leurs équipes aux procédures spécifiques du CREPMF, notamment le référentiel de diligences pour les rapports d'utilisation des fonds ; (3) vérifier leur inscription ou celle de leurs associés signataires sur la liste des commissaires aux comptes agréés BRVM, tenue et mise à jour par le CREPMF en lien avec l'ONECCA-Bénin ; (4) anticiper les nouvelles obligations déclaratives fiscales liées aux émissions, notamment la conformité TVA sur les commissions de placement et la déclaration des retenues à la source selon la circulaire DGI Bénin 2025-008. **Recommandations opérationnelles** Il est conseillé aux cabinets de procéder dès à présent à un audit de conformité de leurs procédures internes, d'établir des conventions de mission actualisées avec leurs clients émetteurs, et de se rapprocher de l'ONECCA-Bénin pour les sessions de formation prévues au second semestre 2026 sur cette réforme. La non-conformité expose les émetteurs à des sanctions du CREPMF pouvant aller jusqu'à la suspension de cotation, engageant indirectement la responsabilité civile professionnelle des auditeurs signataires.