Dans le cadre de la modernisation de son administration fiscale, la Direction Générale des Impôts et des Domaines (DGID) du Bénin a procédé en 2025 à une actualisation substantielle des obligations déclaratives pesant sur les entreprises opérant sur le territoire national. Ces évolutions s'inscrivent dans la continuité des directives UEMOA n°01/2009/CM/UEMOA et n°02/2009/CM/UEMOA relatives à la fiscalité intérieure harmonisée, ainsi que des engagements pris dans le cadre du Plan de Développement du Secteur Privé de la CEDEAO. **Principales évolutions du cadre déclaratif** Le Code Général des Impôts (CGI) du Bénin, dans sa version consolidée applicable à compter du 1er janvier 2025, introduit plusieurs modifications majeures. Premièrement, le délai de dépôt de la déclaration annuelle de résultats (IS et IRPP-BIC) est désormais fixé au 30 avril N+1 pour l'ensemble des contribuables du régime réel normal, contre le 30 juin antérieurement. Cette contraction du délai impose aux cabinets d'accélérer leur calendrier de clôture et de revue des comptes annuels. Deuxièmement, l'obligation de dépôt dématérialisé est étendue aux entreprises réalisant un chiffre d'affaires annuel supérieur à 50 millions de FCFA, via le portail e-Tax de la DGID. Les contribuables relevant du Centre des Moyennes Entreprises (CME) sont désormais intégralement concernés. Troisièmement, le mécanisme de prix de transfert, encadré par l'article 52 bis du CGI révisé et conforme aux orientations de l'OCDE reprises dans le cadre BEPS (Action 13), impose aux groupes transfrontaliers présents au Bénin la constitution d'une documentation locale (Local File) et, pour les entités dont le chiffre d'affaires consolidé dépasse 491 milliards de FCFA, le dépôt d'un rapport pays par pays (Country-by-Country Report). **Implications pour les cabinets d'audit et d'expertise comptable** Face à ce renforcement normatif, les cabinets doivent adapter leurs méthodologies de mission. Dans le cadre des missions d'assurance, la revue de la conformité déclarative doit désormais intégrer un contrôle systématique du respect des délais dématérialisés et de la cohérence des liasses fiscales avec les états financiers établis conformément au Système Comptable OHADA (SYSCOHADA révisé, Règlement n°01/2017/CM/OHADA). Pour les missions d'expertise, il convient d'alerter les clients sur le risque de pénalités majorées : l'article 1025 du CGI révisé porte à 50 % (contre 25 % auparavant) la majoration applicable en cas de défaut de dépôt dans les délais légaux pour les contribuables dématérialisés. Par ailleurs, la TVA intracommunautaire dans l'espace UEMOA reste un sujet de vigilance : les entreprises béninoises réalisant des opérations avec des fournisseurs établis dans d'autres États membres doivent veiller à l'application correcte des règles d'autoliquidation conformément à la Directive UEMOA n°02/1998/CM/UEMOA. **Recommandations pratiques** Les cabinets sont invités à mettre à jour leur matrice de risques fiscaux client, à former leurs équipes aux fonctionnalités du portail e-Tax, et à intégrer une clause contractuelle de conformité déclarative dans leurs lettres de mission. Un dialogue proactif avec la DGID, notamment via les procédures de rescrit fiscal prévues à l'article 1017 du CGI, est fortement conseillé pour sécuriser les positions fiscales complexes.