Le traitement comptable des immobilisations incorporelles demeure l'une des problématiques les plus complexes pour les praticiens opérant sous le référentiel SYSCOHADA révisé. Depuis l'entrée en vigueur du plan comptable révisé par l'Acte uniforme relatif au droit comptable et à l'information financière (AUDCIF), adopté le 26 janvier 2017 et applicable depuis le 1er janvier 2018, les cabinets d'audit et d'expertise comptable du Bénin doivent maîtriser un cadre normatif enrichi, partiellement aligné sur les IAS/IFRS. **Périmètre et critères de reconnaissance** Conformément à l'article 37 de l'AUDCIF, une immobilisation incorporelle est comptabilisée à l'actif lorsqu'elle est identifiable, contrôlée par l'entité, génératrice d'avantages économiques futurs, et que son coût peut être évalué de manière fiable. Ce cadre reprend largement les critères de l'IAS 38, tout en conservant des spécificités OHADA. Les frais de développement peuvent être immobilisés sous conditions strictes (comptes 212), tandis que les frais de recherche sont obligatoirement constatés en charges (compte 623). Les logiciels acquis sont enregistrés au compte 2182, et les licences et brevets aux comptes 2161 et 2162. **Règles d'amortissement et de dépréciation** Le SYSCOHADA révisé impose un amortissement sur la durée d'utilité réelle de l'actif incorporel. En l'absence de durée déterminable, l'amortissement linéaire sur 5 ans constitue la pratique de référence admise par l'Administration fiscale béninoise (DGI Bénin). Le Code Général des Impôts du Bénin (CGI, édition 2023, articles 48 à 52) conditionne la déductibilité des amortissements à leur caractère effectif et à leur inscription en comptabilité. Les cabinets doivent veiller à l'alignement entre durée comptable et durée fiscalement admise, sous peine de réintégrations extra-comptables lors des contrôles. **Enjeux liés aux transactions intragroupe et au goodwill** Dans un contexte d'intégration régionale UEMOA/CEDEAO, les transferts intragroupes d'incorporels (marques, savoir-faire, licences) sont scrutés par l'administration au regard des règles de prix de transfert, désormais encadrées par la Directive UEMOA n°08/2008/CM/UEMOA sur la fiscalité directe. Le goodwill, ou écart d'acquisition, reconnu lors de regroupements d'entreprises, doit faire l'objet d'un test de dépréciation annuel conformément à l'AUDCIF, en l'absence d'amortissement automatique admis pour cet actif spécifique. **Implications pratiques pour les cabinets** Les missions d'audit légal et contractuel doivent intégrer une revue systématique des politiques d'activation des coûts incorporels, notamment dans les secteurs technologiques, pharmaceutiques et des télécommunications en forte croissance au Bénin. Les experts-comptables engagés en mission de tenue ou de supervision comptable doivent documenter les choix d'évaluation retenus dans les annexes aux états financiers (note sur les méthodes comptables). Enfin, la convergence progressive du SYSCOHADA vers les IFRS invite les praticiens à anticiper les divergences résiduelles, notamment sur le traitement des coûts de développement interne et des actifs à durée de vie indéfinie. Une veille rigoureuse sur les instructions de la DGI Bénin et les mises à jour de l'ONECCA-Bénin reste indispensable pour sécuriser les dossiers clients en 2026.