**Contexte réglementaire et enjeux pour les cabinets** La comptabilisation des provisions pour risques et charges constitue l'un des points de contrôle prioritaires lors des missions d'audit légal et d'expertise comptable au Bénin. Entre les exigences du référentiel OHADA, les conditions de déductibilité fiscale prévues par le Code Général des Impôts (CGI) béninois et les orientations des directives UEMOA, les praticiens doivent maîtriser un corpus normatif multicouche pour éviter tout risque de redressement ou de qualification incorrecte. **Critères OHADA de comptabilisation** L'Acte Uniforme OHADA relatif au droit comptable et à l'information financière (AUDCIF), révisé en 2017, pose trois conditions cumulatives pour la comptabilisation d'une provision pour risques et charges (compte 19 du SYSCOHADA Révisé) : 1. **L'existence d'une obligation** à la clôture de l'exercice, résultant d'un événement passé (obligation légale, réglementaire ou implicite) ; 2. **La probabilité d'une sortie de ressources** représentatives d'avantages économiques pour éteindre cette obligation ; 3. **La possibilité d'une estimation fiable** du montant de l'obligation. Ces critères sont alignés sur IAS 37 (Provisions, passifs éventuels et actifs éventuels), ce qui facilite les travaux de consolidation pour les groupes soumis aux normes IFRS. **Traitement fiscal au Bénin** Sur le plan fiscal, les articles 21 et suivants du CGI Bénin admettent la déductibilité des provisions à condition qu'elles soient : - Individualisées et rattachées à un risque précis et non éventuel ; - Constatées en comptabilité avant la clôture de l'exercice ; - Appuyées par des justificatifs probants (correspondances juridiques, expertises, décisions judiciaires). Les provisions à caractère général ou statistique (ex. : provisions pour risques-pays non individualisées) ne sont pas déductibles et doivent faire l'objet d'une réintégration extra-comptable dans le tableau de détermination du résultat fiscal (liasse DGI Bénin). **Directive UEMOA et harmonisation régionale** La Directive n°02/2009/CM/UEMOA portant cadre de référence de la comptabilité publique, ainsi que les travaux de la Commission de l'UEMOA sur la convergence des législations comptables, invitent les États membres à harmoniser les règles de provisionnement. Le Bénin, en tant que membre de l'UEMOA, est tenu d'appliquer ces orientations dans ses textes d'application fiscale et comptable. **Implications pratiques pour les cabinets** - **Mission d'audit** : documenter systématiquement les bases d'estimation, challenger la direction sur l'existence d'une obligation actuelle et vérifier la cohérence avec les notes aux états financiers (note sur les litiges et passifs éventuels). - **Mission d'expertise comptable** : établir un état de suivi des provisions en fin d'exercice, distinguer provisions déductibles et non déductibles, et préparer les justificatifs pour la liasse fiscale. - **Alerte redressement** : la DGI Bénin cible fréquemment les provisions insuffisamment documentées lors des vérifications de comptabilité. Un dossier probant est indispensable. **Conclusion** La rigueur dans la comptabilisation et le suivi des provisions pour risques et charges est un marqueur de qualité des travaux des cabinets. La convergence entre SYSCOHADA Révisé, IAS 37 et la fiscalité béninoise offre un cadre cohérent, à condition de maîtriser les divergences résiduelles, notamment en matière de déductibilité fiscale.