La comptabilisation des provisions pour risques et charges constitue l'un des sujets les plus sensibles en pratique comptable et fiscale au Bénin. Elle se situe à l'intersection du droit OHADA, des règles fiscales nationales et des normes internationales, imposant aux cabinets d'audit et d'expertise comptable une vigilance accrue. **Cadre réglementaire OHADA** L'Acte Uniforme relatif au droit comptable et à l'information financière (AUDCIF), révisé en 2017, encadre strictement la comptabilisation des provisions. Conformément à son article 36, une provision pour risques et charges doit être comptabilisée lorsque trois conditions cumulatives sont réunies : l'existence d'une obligation actuelle (juridique ou implicite) résultant d'un événement passé, la probabilité d'une sortie de ressources représentatives d'avantages économiques, et la possibilité d'une estimation fiable du montant correspondant. Ces critères s'inspirent directement de la norme IAS 37, renforçant la convergence SYSCOHADA/IFRS. Les provisions réglementées, les provisions pour litiges, pour garanties données aux clients, pour restructuration ou pour charges à répartir sur plusieurs exercices relèvent de ce dispositif. Les cabinets doivent s'assurer que chaque dotation repose sur un dossier probant : correspondances juridiques, évaluations d'experts, analyses actuarielles le cas échéant. **Conditions de déductibilité fiscale au Bénin** Le Code Général des Impôts (CGI) du Bénin, en ses articles relatifs à la détermination du résultat fiscal des entreprises soumises à l'Impôt sur les Bénéfices des Sociétés (IBS), soumet la déductibilité des provisions à des conditions strictes : la provision doit être nettement précisée dans son objet et son montant, elle doit faire face à des pertes ou charges probables et non seulement éventuelles, et elle doit figurer sur le relevé des provisions joint à la déclaration fiscale annuelle. Toute provision à caractère général ou constituée de manière forfaitaire sera réintégrée au résultat imposable lors du contrôle fiscal. La Direction Générale des Impôts et des Domaines (DGID) accorde une attention particulière à la justification des provisions lors des vérifications de comptabilité. Les cabinets doivent conseiller leurs clients sur la constitution d'un dossier de provisions rigoureux, distinguant clairement provisions déductibles et non déductibles, avec impact sur les tableaux de passage résultat comptable/résultat fiscal. **Implications pratiques pour les cabinets** Plusieurs points d'attention s'imposent en mission d'audit ou de commissariat aux comptes : vérifier la correcte application des critères AUDCIF article 36, s'assurer de la cohérence entre provisions comptabilisées et informations en annexe (note explicative obligatoire), contrôler la gestion des provisions devenues sans objet (reprise obligatoire sous peine de redressement), et analyser les écarts temporaires générateurs d'impôts différés dans les comptes consolidés. Dans une perspective UEMOA, la Directive n°02/2009/CM/UEMOA relative au Plan Comptable des États membres rappelle l'importance de l'image fidèle, principe fondateur justifiant toute provision sincère. Les cabinets opérant dans la zone doivent également anticiper les travaux de convergence en cours vers les IFRS pour les entités d'intérêt public. En conclusion, la maîtrise des provisions pour risques et charges est un marqueur de qualité des travaux comptables et fiscaux. Une approche documentée, fondée sur les textes OHADA et le CGI béninois, protège à la fois les entreprises clientes et la responsabilité professionnelle des praticiens.