Dans un contexte d'intégration économique régionale croissante, la consolidation des comptes des groupes ouest-africains s'impose comme une discipline incontournable pour les praticiens comptables et auditeurs opérant au Bénin et dans l'espace UEMOA. **Cadre réglementaire applicable** L'Acte Uniforme OHADA relatif au droit des sociétés commerciales et du groupement d'intérêt économique (AUSCGIE), dans sa version révisée de 2014, pose les jalons de l'obligation de consolidation. L'article 75 de cet acte prévoit l'établissement de comptes consolidés pour toute société mère contrôlant, de manière exclusive ou conjointe, une ou plusieurs filiales. Le Système Comptable OHADA (SYSCOHADA révisé, entré en vigueur au Bénin le 1er janvier 2018 par voie d'arrêté ministériel) intègre désormais des dispositions spécifiques à la consolidation, s'inspirant largement des normes IAS/IFRS, notamment IFRS 10 (États financiers consolidés), IFRS 11 (Partenariats) et IAS 28 (Participations dans des entreprises associées). Par ailleurs, la Directive n°04/2009/CM/UEMOA relative à la fiscalité applicable aux entreprises du secteur financier, combinée aux instructions de la BCEAO encadrant les établissements bancaires, impose aux groupes à dimension régionale des obligations de reporting consolidé renforcées. **Implications fiscales au Bénin** Sur le plan fiscal, le Code Général des Impôts (CGI) du Bénin, dans ses articles relatifs à l'impôt sur les sociétés (IS), ne prévoit pas de régime d'intégration fiscale au sens strict du droit français. Chaque entité du groupe demeure un redevable autonome auprès de la Direction Générale des Impôts et des Domaines (DGID). Toutefois, les prix de transfert intra-groupe font l'objet d'une attention croissante de l'administration fiscale béninoise, en cohérence avec les Directives OCDE et le Plan d'Action BEPS, progressivement intégrés dans la politique fiscale de l'UEMOA. Les cabinets doivent donc anticiper les retraitements de consolidation liés aux transactions intragroupes et documenter rigoureusement les politiques de prix de transfert de leurs clients. **Défis pratiques pour les cabinets** Les praticiens font face à plusieurs obstacles structurels : hétérogénéité des référentiels comptables entre filiales (SYSCOHADA vs IFRS pour les filiales cotées ou à actionnariat international), délais de remontée de l'information financière, et insuffisance des outils de consolidation adaptés au contexte local. La convergence SYSCOHADA-IFRS, bien qu'amorcée, demeure partielle sur des points clés tels que la comptabilisation des regroupements d'entreprises (IFRS 3) et les tests de dépréciation des goodwills (IAS 36). Les cabinets sont invités à renforcer leurs équipes sur les méthodes de consolidation (intégration globale, intégration proportionnelle, mise en équivalence), à développer des procédures de contrôle interne spécifiques aux packages de consolidation et à former leurs collaborateurs aux retraitements d'homogénéisation. **Recommandations** Face à ces enjeux, AUDITIA recommande aux cabinets d'audit et d'expertise comptable au Bénin de : (1) réaliser un diagnostic des pratiques de consolidation de leurs clients groupes au regard du SYSCOHADA révisé ; (2) anticiper les évolutions réglementaires UEMOA en matière de transparence financière ; (3) investir dans des outils logiciels de consolidation compatibles avec les normes régionales ; et (4) collaborer avec les correspondants régionaux pour harmoniser les pratiques au sein des réseaux panafricains.