Contexte réglementaire Depuis l'entrée en vigueur du SYSCOHADA révisé en 2018, l'espace OHADA s'est engagé dans une trajectoire de rapprochement avec les normes internationales d'information financière (IFRS), sous l'impulsion conjuguée de l'OHADA, de l'UEMOA et des directives de la BCEAO. Au Bénin, cette convergence s'inscrit dans un cadre réglementaire dense : l'Acte Uniforme OHADA relatif au droit comptable et à l'information financière (AUDCIF, révisé), les directives n°01/2009/CM/UEMOA et n°02/2009/CM/UEMOA harmonisant les cadres budgétaires et comptables, ainsi que les dispositions du Code Général des Impôts béninois (CGI Bénin, notamment les articles relatifs à la détermination du résultat fiscal et aux obligations déclaratives). En 2026, la Direction Générale des Impôts et des Domaines (DGID) du Bénin a précisé, par circulaire administrative, les modalités de traitement fiscal des retraitements IFRS opérés dans les états financiers des entités d'intérêt public (EIP) soumises à l'obligation de reporting consolidé. Cette clarification intervient dans un contexte où de nombreuses filiales de groupes internationaux implantées au Bénin produisent des comptes consolidés en IFRS tout en restant assujetties aux obligations fiscales locales fondées sur le SYSCOHADA. Implications pratiques pour les cabinets Premièrement, les cabinets d'audit et d'expertise comptable doivent désormais maîtriser la double lecture des états financiers : le référentiel SYSCOHADA révisé pour les obligations légales et fiscales locales, et les normes IFRS (notamment IFRS 9 sur les instruments financiers, IFRS 15 sur la reconnaissance des revenus et IFRS 16 sur les contrats de location) pour les reportings groupe. Les divergences de traitement — particulièrement sur la comptabilisation des contrats de location, des provisions et des instruments financiers — génèrent des retraitements fiscaux extra-comptables à documenter rigoureusement dans les liasses fiscales déposées à la DGID. Deuxièmement, la directive UEMOA n°01/2009 impose aux États membres, dont le Bénin, une harmonisation progressive des plans comptables des entités publiques et parapubliques. Les cabinets intervenant dans l'audit des établissements publics béninois doivent intégrer cette double contrainte normative dans leurs programmes de travail. Troisièmement, en matière de contrôle fiscal, la DGID accorde une attention accrue aux écarts entre résultat comptable SYSCOHADA et résultat fiscal déclaré, notamment dans les secteurs bancaire, télécoms et énergie. Les retraitements liés à IFRS 16 (requalification des loyers en amortissements et charges financières) ou à IFRS 9 (provisionnement des créances) doivent être explicitement justifiés dans le tableau de passage du résultat comptable au résultat fiscal (formulaire DGID). Recommandations pour les praticiens Les cabinets sont invités à : (1) mettre à jour leurs programmes d'audit et leurs questionnaires de contrôle interne pour intégrer les divergences IFRS/SYSCOHADA identifiées ; (2) former leurs équipes aux retraitements fiscaux admissibles selon le CGI Bénin et la circulaire DGID 2026 ; (3) documenter systématiquement les choix de méthodes comptables dans les notes annexes des clients EIP ; (4) anticiper les demandes de justification lors des vérifications de comptabilité en constituant un dossier de réconciliation IFRS-SYSCOHADA-fiscal. La convergence normative, loin d'être une contrainte administrative, représente une opportunité pour les cabinets de se positionner comme conseillers stratégiques auprès des entreprises béninoises engagées dans des opérations transfrontalières ou des levées de fonds internationales.