Contexte réglementaire Depuis l'entrée en vigueur du SYSCOHADA révisé au 1er janvier 2018, les États membres de l'OHADA, dont le Bénin, disposent d'un référentiel comptable harmonisé s'inspirant partiellement des normes IFRS. Toutefois, pour les entités béninoises faisant appel public à l'épargne, celles détenues majoritairement par des groupes multinationaux ou soumises à des obligations contractuelles spécifiques, l'établissement d'états financiers en normes IFRS complètes demeure une exigence pratique incontournable. En 2026, cette dualité normative s'intensifie sous l'effet conjugué de plusieurs facteurs : l'application progressive d'IFRS 17 sur les contrats d'assurance, les évolutions liées à IFRS 9 en matière de dépréciation des actifs financiers selon le modèle des pertes de crédit attendues (ECL), ainsi que les travaux en cours de l'IASB sur IFRS 18 relatif à la présentation des états financiers, qui remplacera IAS 1. Implications fiscales au regard du CGI Bénin Les divergences entre IFRS et SYSCOHADA génèrent des retraitements fiscaux significatifs que les cabinets doivent anticiper. Plusieurs points de friction méritent une attention particulière : 1. Provisions pour dépréciation : Contrairement au modèle de pertes avérées du SYSCOHADA, IFRS 9 impose un modèle ECL prospectif. Les provisions ainsi constituées ne sont déductibles fiscalement au Bénin que dans les conditions restrictives prévues aux articles 94 et suivants du Code Général des Impôts (CGI), exigeant notamment un risque nettement précisé et individualisé. 2. Contrats de location (IFRS 16) : La capitalisation des droits d'utilisation et la comptabilisation des dettes locatives en IFRS 16 créent un décalage avec le traitement SYSCOHADA. Fiscalement, le CGI béninois reconnaît principalement la déductibilité des loyers effectivement décaissés, imposant des retraitements extra-comptables lors de la détermination du résultat fiscal. 3. Amortissements des immobilisations : Les durées d'utilité retenues sous IAS 16 peuvent diverger des durées fiscalement admises par l'administration fiscale béninoise (DGID). Les cabinets doivent veiller à documenter les justifications techniques des durées IFRS pour prévenir tout redressement lors des vérifications de comptabilité. 4. Instruments financiers et juste valeur : L'évaluation à la juste valeur imposée par IFRS 9 et IFRS 13 génère des produits et charges latents non reconnus fiscalement par le CGI, qui retient généralement le principe de réalisation. Recommandations pratiques pour les cabinets Face à ces enjeux, les cabinets d'audit et d'expertise comptable intervenant au Bénin sont invités à : (i) systématiser les tableaux de passage entre résultat IFRS et résultat fiscal béninois dans leurs dossiers de travail ; (ii) sensibiliser leurs clients sur les risques de double imposition ou de non-déductibilité liés aux retraitements IFRS ; (iii) suivre les travaux de l'UEMOA relatifs à la directive sur l'harmonisation des législations fiscales (Directive n°02/98/CM/UEMOA modifiée) afin d'anticiper d'éventuelles évolutions convergentes ; (iv) intégrer dans leurs missions les vérifications de conformité aux obligations déclaratives spécifiques aux entités soumises aux IFRS, notamment la liasse fiscale adaptée exigée par la DGID. Les évolutions normatives internationales de 2026 confirment la nécessité pour les praticiens béninois de développer une double compétence SYSCOHADA/IFRS, gage de valeur ajoutée et de sécurité pour leurs clients opérant dans un environnement économique régional de plus en plus intégré.