Dans un environnement réglementaire en constante évolution, les cabinets d'audit et d'expertise comptable intervenant au Bénin font face à un empilement normatif exigeant une vigilance accrue : droit des sociétés OHADA, référentiel comptable SYSCOHADA révisé, directives fiscales UEMOA et législation nationale béninoise. Voici les points pratiques à intégrer impérativement dans les missions en cours. **1. Articulation SYSCOHADA révisé / IFRS : clarifier le référentiel applicable** Depuis l'entrée en vigueur du SYSCOHADA révisé (Règlement n°01/2017/CM/UEMOA et Acte uniforme OHADA du 26 janvier 2017), les entités d'intérêt public (EIP) — établissements financiers, sociétés cotées, grandes entreprises — sont encouragées à converger vers les IFRS, sans obligation générale. Les auditeurs doivent systématiquement documenter le référentiel retenu par l'entité auditée et s'assurer de sa cohérence avec les obligations légales. En l'absence d'adoption formelle des IFRS, le SYSCOHADA révisé demeure le cadre de droit commun applicable au Bénin. **2. Commissariat aux comptes : obligations renforcées sous l'AUDSCGIE** L'Acte uniforme révisé relatif au droit des sociétés commerciales et du groupement d'intérêt économique (AUDSCGIE, révisé en 2014, applicable au Bénin) maintient l'obligation de désignation d'un commissaire aux comptes pour les SA et impose des seuils pour les SARL. Les auditeurs doivent vérifier la conformité des mandats, la régularité des convocations aux assemblées générales (article 525 et suivants AUDSCGIE) et la qualité des rapports de gestion soumis à certification. Toute irrégularité expose le dirigeant à des sanctions civiles et pénales. **3. Traitement fiscal des écarts de réévaluation : vigilance DGI Bénin** En application du Code Général des Impôts du Bénin (CGI, Loi de Finances 2024 et actualisations 2025-2026), les écarts de réévaluation comptabilisés selon les normes IAS 16 ou IAS 38 peuvent générer des divergences avec la base imposable retenue par la Direction Générale des Impôts (DGI). Les cabinets doivent établir un tableau de passage fiscal rigoureux et documenter les retraitements extra-comptables, notamment pour l'IS (taux de 30 % au Bénin) et la TVA déductible sur immobilisations réévaluées. **4. Consolidation et normes IFRS 10 / IFRS 3 : enjeux pratiques** Pour les groupes présents dans l'espace UEMOA, l'application d'IFRS 10 (états financiers consolidés) et d'IFRS 3 (regroupements d'entreprises) implique un travail d'élimination des opérations intragroupe et d'identification des goodwills. La Directive UEMOA n°01/2009/CM/UEMOA relative à la comptabilité des EIP fournit un cadre complémentaire. Les auditeurs doivent s'assurer que les tests de dépréciation des goodwills (IAS 36) sont conduits annuellement et correctement documentés. **5. Recommandations pratiques pour les cabinets** Les cabinets sont invités à : (i) mettre à jour leurs programmes de travail pour intégrer les évolutions du SYSCOHADA révisé et des IFRS en vigueur au 1er janvier 2026 ; (ii) former leurs équipes aux divergences SYSCOHADA/IFRS et à leurs impacts fiscaux béninois ; (iii) renforcer la revue des annexes aux états financiers, souvent insuffisantes ; (iv) anticiper les demandes de la DGI Bénin en matière de documentation des prix de transfert (article 54 bis CGI Bénin). La rigueur documentaire reste le premier rempart contre les risques de responsabilité professionnelle.