Dans un contexte de renforcement mondial des dispositifs anti-blanchiment, les professions comptables et d'audit en Afrique de l'Ouest font face à des obligations légales de plus en plus contraignantes. Au Bénin, les cabinets d'audit et d'expertise comptable sont expressément désignés comme entités assujetties au régime de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT). **Cadre réglementaire applicable** Le socle juridique repose sur plusieurs textes fondamentaux. La Directive UEMOA n°02/2015/CM/UEMOA relative à la LBC/FT constitue le texte de référence régional, transposée en droit béninois par la Loi n°2018-17 du 10 juillet 2018 portant cadre juridique de la LBC/FT en République du Bénin. Cette loi soumet explicitement les experts-comptables, commissaires aux comptes et auditeurs indépendants aux obligations de vigilance, de déclaration et d'organisation interne. Par ailleurs, le Règlement UEMOA n°14/2002/CM/UEMOA et les orientations de la BCEAO en matière de supervision du secteur financier complètent ce dispositif, tout comme les Recommandations du GAFI (FATF), dont l'application est suivie par le GIABA, le groupe régional d'action financière de l'Afrique de l'Ouest. **Obligations concrètes pour les cabinets** Les cabinets sont tenus à plusieurs obligations opérationnelles majeures : 1. **Vigilance à l'égard de la clientèle (KYC)** : identification et vérification de l'identité des clients, y compris des bénéficiaires effectifs, avant l'entrée en relation d'affaires. Cette obligation est renforcée pour les clients présentant un profil à risque élevé. 2. **Déclaration de soupçon (DOS)** : tout cabinet ayant connaissance ou soupçonnant qu'une opération est liée à un acte de blanchiment ou de financement du terrorisme est tenu de déclarer sans délai à la Cellule Nationale de Traitement des Informations Financières (CENTIF-Bénin). Cette obligation prévaut sur le secret professionnel, conformément à l'article 26 de la Loi n°2018-17. 3. **Dispositif interne de conformité** : les cabinets doivent désigner un responsable LBC/FT, mettre en place des procédures internes documentées, assurer la formation régulière de leurs collaborateurs et tenir des registres pendant au moins cinq ans. 4. **Approche basée sur les risques (ABR)** : en ligne avec les standards GAFI, les cabinets doivent évaluer et documenter les risques LBC/FT inhérents à leur activité et à leur portefeuille clients, et calibrer leurs mesures de vigilance en conséquence. **Risques et sanctions** Le non-respect de ces obligations expose les cabinets à des sanctions administratives et pénales sévères. L'article 60 et suivants de la Loi n°2018-17 prévoient des amendes pouvant atteindre plusieurs dizaines de millions de francs CFA, sans préjudice des sanctions disciplinaires prononcées par l'Ordre National des Experts-Comptables et Comptables Agréés du Bénin (ONECCA-Bénin). **Recommandations pratiques** Face à ces enjeux, il est fortement conseillé aux cabinets de procéder à un audit de conformité LBC/FT de leur organisation interne, de mettre à jour leurs dossiers KYC clients, de formaliser un manuel de procédures anti-blanchiment et de s'inscrire dans les programmes de formation continue proposés par l'ONECCA-Bénin et les partenaires régionaux. La conformité LBC/FT est désormais un enjeu de réputation et de pérennité pour tout cabinet sérieux en Afrique de l'Ouest.