Dans un contexte de renforcement mondial des dispositifs de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT), les cabinets d'audit et d'expertise comptable exercant au Bénin se trouvent en première ligne des obligations de vigilance imposées aux professions non financières désignées (PNF). **Cadre réglementaire applicable** Le socle juridique repose sur plusieurs textes complémentaires. La Directive UEMOA n°02/2015/CM/UEMOA relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme constitue la référence supranationale fondamentale. Elle a été transposée en droit béninois par la Loi n°2018-17 du 11 décembre 2018 portant prévention et répression du blanchiment de capitaux, du financement du terrorisme et de la prolifération en République du Bénin. Par ailleurs, la Cellule Nationale de Traitement des Informations Financières (CENTIF-Bénin) assure la supervision des déclarations de soupçon émises par les professionnels assujettis. Les cabinets d'audit sont expressément visés par ces textes en tant que personnes assujetties non financières, conformément aux recommandations 22 et 23 du GAFI, auxquelles l'UEMOA a aligné sa réglementation. **Obligations concrètes pour les cabinets** Premièrement, l'obligation de vigilance à l'égard de la clientèle implique la mise en œuvre d'une procédure KYC (Know Your Customer) rigoureuse lors de l'entrée en relation, incluant l'identification du bénéficiaire effectif au sens de l'article 3 de la loi de 2018. Cette obligation est renforcée lorsque le client présente un profil à risque élevé (structures offshore, PPE, secteurs sensibles). Deuxièmement, la déclaration de soupçon auprès de la CENTIF-Bénin est obligatoire dès lors que le cabinet détecte des opérations susceptibles de provenir d'une activité illicite. Cette déclaration est protégée par le secret professionnel aménagé et n'expose pas le professionnel à des poursuites civiles pour violation de confidentialité. Troisièmement, chaque cabinet doit désigner un responsable LBC/FT en interne, élaborer un manuel de procédures conforme aux exigences réglementaires et assurer la formation régulière de ses collaborateurs. **Implications sur les missions d'audit** Dans le cadre des missions d'audit légal ou contractuel, les commissaires aux comptes sont tenus d'intégrer le risque de blanchiment dans leur évaluation du contrôle interne. Les ISA 240 (fraude) et ISA 315 (identification des risques) constituent les référentiels techniques à mobiliser. Tout indice d'opération suspecte identifié en cours de mission doit faire l'objet d'un traitement documenté, sans pour autant alerter le client (interdiction du tipping-off). **Sanctions encourues** Le non-respect de ces obligations expose les cabinets et leurs dirigeants à des sanctions administratives prononcées par la CENTIF ou l'autorité de contrôle professionnelle, ainsi qu'à des poursuites pénales pouvant aller jusqu'à cinq ans d'emprisonnement et des amendes significatives en vertu des articles 88 et suivants de la loi de 2018. **Recommandation pratique** Les cabinets sont vivement invités à procéder sans délai à un audit de leur dispositif LBC/FT interne, à mettre à jour leur cartographie des risques clients et à s'assurer de la traçabilité de toutes les diligences effectuées. La conformité LBC/FT est désormais un critère d'évaluation lors des inspections professionnelles.