Dans le cadre du renforcement de la surveillance des flux financiers transfrontaliers, la Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) maintient un dispositif strict de réglementation des changes applicable à l'ensemble des États membres de l'UEMOA, dont le Bénin. Les cabinets d'audit et d'expertise comptable sont en première ligne pour accompagner les entreprises dans le respect de ces obligations. **Cadre réglementaire applicable** Le socle juridique repose sur le Règlement n°09/2010/CM/UEMOA du 1er octobre 2010 relatif aux relations financières extérieures des États membres de l'UEMOA, complété par les Instructions de la BCEAO, notamment l'Instruction n°01/RFE/2011. Au niveau national, le Code des Douanes du Bénin et le Code Général des Impôts (CGI Bénin) — en particulier ses dispositions sur la retenue à la source sur les paiements extérieurs — s'articulent avec ce dispositif communautaire. L'Acte Uniforme OHADA relatif aux sociétés commerciales impose par ailleurs aux filiales de sociétés étrangères des règles de transparence dans les flux intragroupe. **Obligations de rapatriement : points de vigilance** Toute entreprise résidente réalisant des exportations de biens ou de services est tenue de rapatrier les recettes en devises dans un délai maximal de cent vingt (120) jours à compter de la date d'exigibilité du paiement. Les investissements directs étrangers (IDE) entrants doivent être déclarés à la BCEAO via l'intermédiaire agréé (banque commerciale habilitée), et tout transfert de dividendes, redevances ou honoraires vers l'étranger est conditionné à la présentation d'une attestation fiscale de régularité délivrée par la Direction Générale des Impôts et des Domaines (DGID) du Bénin. **Implications pratiques pour les cabinets** Lors des missions d'audit légal ou contractuel, les praticiens doivent intégrer une revue systématique des opérations de change dans leur programme de travail. Il convient notamment de : (1) vérifier la traçabilité des flux entrants et sortants en devises dans la comptabilité de l'entité auditée, en conformité avec les normes IFRS (IAS 21 — Effets des variations des cours des monnaies étrangères) ; (2) s'assurer de l'existence des déclarations de transfert déposées auprès des intermédiaires agréés ; (3) contrôler la correcte application des retenues à la source sur les paiements d'honoraires, redevances et intérêts versés à des non-résidents, conformément aux articles du CGI Bénin et aux conventions fiscales en vigueur ; (4) alerter sur les risques de sanctions administratives et pénales prévues par le Règlement UEMOA, pouvant aller jusqu'à la confiscation des sommes irrégulièrement transférées. **Sanctions et risques de non-conformité** Le non-respect des obligations de rapatriement expose les entreprises à des amendes pouvant atteindre le double des montants concernés, ainsi qu'à des poursuites pénales. La BCEAO dispose d'un pouvoir de contrôle renforcé via les intermédiaires agréés, et la DGID peut procéder à des redressements fiscaux sur les flux non justifiés. **Recommandation aux cabinets** Il est conseillé de mettre à jour les programmes d'audit et les questionnaires de contrôle interne pour y inclure un volet dédié à la conformité réglementaire des changes, et de former les collaborateurs aux spécificités du Règlement n°09/2010/CM/UEMOA et de ses textes d'application.