La transformation des sociétés commerciales constitue l'une des opérations de restructuration les plus délicates à appréhender dans l'espace OHADA. Encadrée par les articles 181 à 201 de l'Acte Uniforme révisé relatif au droit des sociétés commerciales et du groupement d'intérêt économique (AUSC), adopté le 30 janvier 2014 et entré en vigueur le 5 mai 2014, cette opération implique le changement de forme juridique d'une société sans création d'une personne morale nouvelle ni dissolution. Ce principe de continuité juridique, posé à l'article 181 de l'AUSC, constitue le fondement sur lequel repose l'ensemble du régime applicable. **Cadre juridique OHADA applicable** L'AUSC distingue plusieurs types de transformation : la transformation d'une SARL en SA (article 690 et suivants), d'une SA en SARL, ou encore d'une société de personnes en société de capitaux. Chaque opération répond à des conditions spécifiques, notamment en matière de capital social minimum, d'approbation des associés et de désignation d'un commissaire à la transformation. L'article 183 impose ainsi la rédaction d'un rapport du commissaire aux comptes ou, à défaut, d'un commissaire aux apports désigné par le greffe du tribunal, attestant que les capitaux propres sont au moins égaux au capital social. **Implications fiscales au regard du CGI Bénin** Sur le plan fiscal, l'administration béninoise considère la transformation comme une opération neutre lorsqu'elle s'inscrit dans le régime de faveur prévu par le Code Général des Impôts (CGI) du Bénin. Toutefois, les articles relatifs aux droits d'enregistrement prévoient une imposition proportionnelle en cas d'augmentation de l'actif net taxable. Les cabinets doivent veiller à la qualification correcte de l'opération pour éviter toute requalification en apport partiel d'actif ou en dissolution-reconstruction, entraînant des impositions supplémentaires au titre de l'IS, de la TVA ou des droits d'enregistrement. **Obligations comptables selon le Système Comptable OHADA (SYSCOHADA)** Le référentiel SYSCOHADA révisé (Règlement n°01/2017/CM/UEMOA) impose la tenue d'une comptabilité de continuité lors de la transformation. Les valeurs d'actifs et de passifs sont en principe maintenues à leur valeur nette comptable. Néanmoins, si la transformation s'accompagne d'une réévaluation d'actifs, les règles de l'IFRS 1 et du SYSCOHADA sur la juste valeur s'appliquent aux entités optant pour les normes internationales. **Points de vigilance pour les cabinets d'audit** Les praticiens doivent porter une attention particulière aux points suivants : (i) vérification du respect du seuil de capital social requis pour la nouvelle forme juridique ; (ii) analyse des pactes d'associés et clauses statutaires pouvant faire obstacle à la transformation ; (iii) information des créanciers et délai d'opposition conformément à l'article 186 de l'AUSC ; (iv) mise à jour des immatriculations au Registre du Commerce et du Crédit Mobilier (RCCM) auprès du greffe compétent au Bénin ; (v) incidences sur les conventions réglementées et les mandats des commissaires aux comptes en cours. **Recommandations** Face à la complexité de ces opérations, les cabinets sont invités à systématiser leurs due diligences pré-transformation et à formaliser une note de synthèse juridico-fiscale remise au client. Une coordination étroite avec les services de la DGI et le greffe du tribunal de commerce de Cotonou demeure indispensable pour sécuriser l'opération et garantir sa pleine opposabilité aux tiers.