Dans un contexte d'intégration économique régionale accélérée et de digitalisation progressive des économies ouest-africaines, l'Organisation pour l'Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA) a franchi une étape décisive en 2026 en amendant l'Acte uniforme relatif au droit des sociétés commerciales et du Groupement d'Intérêt Économique (AUSCGIE), en vigueur depuis sa révision de 2014. Ces modifications, publiées au Journal Officiel de l'OHADA, produisent leurs effets dans les dix-sept États membres, dont le Bénin. **Principales innovations réglementaires** Premièrement, la réforme consacre la **dématérialisation complète des assemblées générales** : les sociétés anonymes (SA) et les sociétés à responsabilité limitée (SARL) peuvent désormais tenir leurs assemblées statutaires entièrement par voie électronique, sous réserve de dispositions statutaires expresses et du respect de conditions d'authentification renforcées. Cette évolution s'inscrit dans la continuité des directives UEMOA sur la dématérialisation des échanges commerciaux (Directive n°07/2002/CM/UEMOA révisée). Deuxièmement, les **obligations de gouvernance** sont substantiellement renforcées pour les sociétés dépassant certains seuils de chiffre d'affaires. La mise en place d'un comité d'audit interne devient obligatoire pour les SA dont le chiffre d'affaires excède 500 millions de FCFA, alignant ainsi le droit OHADA sur les meilleures pratiques internationales et les recommandations du Comité de Bâle applicables aux entités régulées par la BCEAO. Troisièmement, la réforme introduit un **registre des bénéficiaires effectifs** obligatoire, tenu au niveau du Registre du Commerce et du Crédit Mobilier (RCCM), conformément aux recommandations du GAFI et aux engagements pris par les États membres de l'UEMOA dans le cadre de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (Directive UEMOA n°02/2015/CM/UEMOA). **Implications pratiques pour les cabinets au Bénin** Les commissaires aux comptes et experts-comptables exerçant au Bénin doivent adapter leurs programmes de travail en conséquence. En matière de **commissariat aux comptes**, la vérification du respect des nouvelles obligations de gouvernance (comité d'audit, registre des bénéficiaires effectifs) entre désormais dans le périmètre des diligences légales, conformément aux normes ISA adaptées au contexte OHADA. Concernant la **fiscalité**, les cabinets doivent veiller à l'articulation entre les nouvelles obligations déclaratives RCCM et les dispositions du Code Général des Impôts du Bénin (CGI Bénin, notamment les articles relatifs aux obligations des personnes morales et aux déclarations des revenus de capitaux mobiliers), pour éviter tout risque de redressement lors des contrôles de la Direction Générale des Impôts et des Domaines (DGID). Enfin, les missions de **due diligence et de conseil en restructuration** devront systématiquement intégrer la conformité au nouveau dispositif de transparence actionnariale, sous peine d'engager la responsabilité civile et pénale des dirigeants, telle qu'encadrée par les articles 740 et suivants de l'AUSCGIE révisé. **Recommandations aux praticiens** Il est vivement conseillé aux cabinets de procéder à un audit de conformité de leurs clients sociétés commerciales avant le 31 décembre 2026, délai transitoire prévu par les dispositions finales de la réforme, et de mettre à jour leurs lettres de mission et programmes de vérification en conséquence.