La transformation des sociétés commerciales est une opération de restructuration encadrée par les articles 181 à 201 de l'Acte Uniforme relatif au droit des sociétés commerciales et du groupement d'intérêt économique (AUSCGIE), révisé le 30 janvier 2014 à Ouagadougou. Elle permet à une société de changer de forme juridique tout en conservant, en principe, sa personnalité morale, ses actifs et ses engagements contractuels. **Cadre juridique OHADA applicable** L'article 181 de l'AUSCGIE pose le principe fondamental : la transformation régulière d'une société en une société d'une autre forme n'entraîne pas la création d'une personne morale nouvelle. Ce principe de continuité est essentiel pour les praticiens, car il conditionne le traitement comptable et fiscal de l'opération. Les conditions de validité varient selon la forme d'origine et la forme cible : transformation en SA, en SARL, en SAS ou en société de personnes. L'article 183 impose notamment un rapport d'un commissaire aux comptes ou d'un expert désigné par la juridiction compétente attestant que les capitaux propres sont au moins égaux au capital social, condition sine qua non de la régularité de l'opération. **Implications pour les cabinets d'audit et d'expertise comptable** Les cabinets interviennent à plusieurs niveaux. Premièrement, dans la mission de certification des capitaux propres, obligatoire pour toute transformation, conformément à l'article 183 AUSCGIE. Cette mission spécifique doit faire l'objet d'un rapport distinct, engageant la responsabilité professionnelle du signataire. Deuxièmement, dans l'accompagnement fiscal : selon l'article 100 du Code Général des Impôts du Bénin (CGI), la transformation peut, sous certaines conditions, bénéficier d'un régime de neutralité fiscale, évitant la taxation des plus-values latentes. Cependant, le changement de forme entraînant une modification substantielle du régime fiscal applicable (passage de l'IS à l'IR ou inversement) doit être analysé avec rigueur. Troisièmement, les cabinets doivent veiller à la correcte application des normes SYSCOHADA révisé, notamment en matière de retraitement des états financiers lors du changement de forme. **Incidences fiscales au Bénin** La Direction Générale des Impôts et des Domaines (DGID) du Bénin soumet les actes de transformation aux droits d'enregistrement. L'article 525 du CGI Bénin prévoit un droit fixe applicable lorsque la transformation n'emporte pas augmentation de capital ni apport nouveau. En revanche, toute augmentation concomitante déclenche les droits proportionnels sur les apports. La TVA est en principe neutre sur ces opérations, sauf cession partielle d'actifs isolés. Les cabinets doivent également anticiper les impacts sur les obligations déclaratives : modification des liasses fiscales, mise à jour du RCCM auprès du tribunal de commerce compétent et information de l'administration fiscale dans les délais légaux. **Vigilance UEMOA et harmonisation régionale** Dans le cadre des directives UEMOA, notamment la Directive n°01/2009/CM/UEMOA portant sur le régime fiscal harmonisé, les transformations transfrontalières impliquant des entités dans l'espace communautaire doivent faire l'objet d'une analyse complémentaire pour éviter les risques de double imposition ou de requalification. Les cabinets opérant en réseau régional sont invités à coordonner leurs analyses juridiques et fiscales sur l'ensemble des juridictions concernées. **Recommandation pratique** Face à la complexité croissante de ces opérations, les cabinets d'audit et d'expertise comptable au Bénin sont encouragés à structurer des méthodologies dédiées aux transformations sociétaires, intégrant systématiquement les dimensions OHADA, fiscales locales et harmonisation UEMOA, afin de sécuriser leurs clients et valoriser leur expertise.