La question des provisions pour risques et charges demeure l'une des plus sensibles en matière de comptabilité et de fiscalité des entreprises au Bénin. En 2026, dans un contexte de renforcement des contrôles fiscaux par la Direction Générale des Impôts et des Domaines (DGID), les cabinets d'audit et d'expertise comptable doivent accompagner leurs clients avec une rigueur accrue sur ce sujet. **Cadre comptable : les critères SYSCOHADA révisé** Depuis l'entrée en vigueur du SYSCOHADA révisé (Règlement OHADA n°01/2017-CM/OHADA du 30 janvier 2017), une provision pour risques et charges ne peut être comptabilisée que si trois conditions cumulatives sont réunies : (1) l'entreprise a une obligation actuelle, juridique ou implicite, résultant d'un événement passé ; (2) il est probable qu'une sortie de ressources économiques sera nécessaire pour éteindre cette obligation ; (3) le montant de l'obligation peut être estimé de manière fiable. Ces critères s'alignent sur les exigences de la norme IAS 37, que le législateur OHADA a largement intégrée dans le référentiel révisé, renforçant ainsi la convergence avec les normes IFRS. Les comptes concernés relèvent de la classe 19 du plan de comptes SYSCOHADA : provisions pour risques (compte 191), provisions pour charges (compte 194) et provisions pour pertes de change (compte 196), entre autres. Toute dotation doit faire l'objet d'une note annexe détaillée justifiant la nature du risque, son évaluation et l'horizon temporel envisagé. **Conditions de déductibilité fiscale au Bénin** Sur le plan fiscal, le Code Général des Impôts (CGI) du Bénin pose des conditions strictes pour la déductibilité des provisions. Conformément aux dispositions des articles relatifs à la détermination du résultat fiscal, une provision n'est fiscalement déductible que si elle est : effectivement constatée en comptabilité ; constituée pour faire face à une perte ou une charge nettement précisée ; rendue probable par des événements en cours à la clôture de l'exercice ; et non exclue expressément par la loi fiscale. Ainsi, les provisions à caractère général ou les provisions constituées sur des risques éventuels non précisément identifiés sont systématiquement réintégrées au résultat fiscal lors des vérifications de comptabilité. **Vigilance sur les provisions réglementées et les litiges** Les provisions pour litiges en cours constituent un point d'attention majeur. La DGID exige généralement une documentation probante : procédures judiciaires en cours, avis d'avocats, ou correspondances officielles. En l'absence de tels justificatifs, le redressement est quasi systématique. Les cabinets doivent également distinguer les provisions pour garanties données aux clients, les provisions pour restructuration et les provisions pour engagements de retraite, ces dernières étant encadrées par la Directive n°07/2009/CM/UEMOA relative à l'harmonisation de la fiscalité des entreprises dans l'espace UEMOA. **Recommandations pratiques pour les cabinets** Les experts-comptables et auditeurs intervenant au Bénin doivent systématiquement : documenter rigoureusement chaque provision dans un dossier de travail dédié ; s'assurer de la cohérence entre l'évaluation comptable et la justification fiscale ; procéder à la revue annuelle des provisions avec reprises obligatoires lorsque le risque est éteint ; et anticiper les questions des vérificateurs fiscaux en préparant une note de position argumentée. Une collaboration étroite avec les juristes et les conseils juridiques de l'entreprise reste indispensable pour sécuriser ces écritures avant la clôture des comptes.